La Dystopie de Margaret Atwood

Contrairement à une Utopie, qui présente un monde idéal, la Dystopie de Margaret Atwood dépeint un monde militarisé, autoritaire et sombre dans lequel la majorité des libertés n’ont plus lieu.

Nineeteen Eighty-Four Vs The Handmaid’s Tale

A l’image de la Dystopie de Georges Orwell, celle de Margaret Atwood présente une société policière, fortement hiérarchisée dans laquelle l’ignorance est la force du régime totalitaire mis en place. Gilead est également un monde en souffrance écologique dans lequel la pollution des sols et de l’air offrent aux lecteurs (et spectateurs) une multitudes d’images misérables.

A l’instar de Nineeteen Eighty-Four, le roman, La servante écarlate, exploite les aspects les plus extrêmes de la dystopie : société divisée, surveillance constante, destruction de l’histoire passée, distorsion du langage, interdiction de lire ou d’écrire, mots interdits ou créés (Unwoman, EconoWifes , Gender Traitor …),  liberté de parler quasi nulle, sexe proscrit, guerre omniprésente, propagande, contrôle du corps de la femme, violence et torture mais loyauté exigée.

Pour ce qui est de la fin du roman The handmaid’s Tale, la romancière s’en est expliquée à  de nombreuses reprises. Selon elle, 1984 se termine sur une ouverture et non pas sur une vision pessimiste. Elle déclare avoir eu le désir d’achever son roman sur une note similaire.  En effet, dans le livre d’Orwell se trouve un étrange chapitre intitulé « Les Principes du Novlangue« , écrit au passé, il débute par « le Novlangue a été la langue officielle de l’Océania . Il fut inventé […]« . Mais il est sans numéro ni explication, de sorte que nous puissions le confondre avec une sorte d’appendice explicatif de l’auteur. Pour Atwood :

La note sur le Novlangue à la fin de 1984 est écrite en anglais standard, au passé, ce qui nous indique que le Novlangue n’a pas survécu.

C’est ainsi que l’auteure a décidé de terminer son livre sur un épilogue révélant la chute de la république de Gilead. On y apprend qu’Offred a enregistré son histoire sur des cassettes. Retrouvées des années après et retranscrites par des chercheurs, on découvre une société plus libérale qui a visiblement remplacée celle de Gilead 200 ans plus tard.

Sans doute cette fin sera t-elle adaptée lorsque la série télévisée aura épuisé toutes ses ressources.

Différence entre Orwell et Atwood

Rappelons que Margaret Atwwod est née en 1939 et grandit avec les écrits de Georges Orwell. En 1945, la future romancière a 9 ans et découvre Animal Farmer. Les Animaux de la Ferme est la plus célèbre de toutes les allégories politiques du XXe siècle. Le roman se fait le récit d’animaux de basse-cour, malades et maltraités qui se révoltent contre leur maître (un humain). Libérés de leurs chaînes, une seule règle est édictée : tous les animaux sont égaux. Pourtant, peu à peu, le combat pour la liberté se transforme en un jeu de pouvoir puis en chaos pour finir en tyrannie, érigée par les animaux eux-mêmes.

Les Animaux de la ferme passent ainsi de « Tous les animaux sont égaux » à « Tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres ».  Atwood témoigne :

Dire que j’ai été horrifiée par ce livre serait un euphémisme. Le destin des animaux de la ferme était si sombre, les cochons étaient si méchants, traîtres, menteurs,  injustes et les moutons étaient si stupides…

Fait assez fréquent, le titre d’un roman est régulièrement modifié en cours d’écriture. A l’origine celui d’Orwell, Le dernier homme en Europe, a été abandonné au profit de Nineeteen Eighty-Four (qui n’est qu’une inversion des deux derniers chiffres de  1948, date à laquelle il termine son roman)

Pour ce qui concerne Atwood, le titre premier était « Offred », nom du personnage principal. Bien qu’Offred soit composé du préfixe « Of » et de « Fred » (nom du commandant), il paraît évident que la proximité avec « Offered » (Offerte) n’a pas échappé à l’esprit aiguisé de la romancière. Par extension et dans l’esprit du roman, nous pourrions également le rapprocher de « On Offer » qui se traduit par « Sur le marché ».

Singularité d’une dystopie selon Atwood

En 1984, lorsque Margaret Atwood écrit son roman, les dystopies ont été écrites par des hommes et du seul point de vue masculin. C’est à travers le regard de Winston Smith qu’Orwell écrit 1984, celui du pompier dans Fereinhed 451 de Ray Bradbury (1953) ou encore, celui d’un homme,  dans « Le Meilleur des Mondes » (Brave New World de Aldous Huxley).

Pour son roman La servante écarlate Atwood inversera l’ordre établi des dystopies. Elle parlera pour les femmes et à travers le regard d’une femme : Offred.

Et gare à celles et ceux qui penseraient que La servante écarlate est une « dystopie féministe » ! Ce serait, non seulement, faire insulte au génie de Margaret Atwood mais également dénigrer la particularité et la richesse du roman (science fiction, dystopie, littérature du témoignage …). Si d’aventures nous pensions que donner à une femme une voix et une vie intérieure soit considéré comme «féministe» alors la plupart des livres, romans, séries ou films devraient être condamnés parce que terriblement masculinistes !

Alors que le roman de Georges Orwell (Nineeteen Eighty-Four) déplie l’histoire du pauvre homme qu’est Winston Smith (affublé simultanément d’un prénom célèbre et d’un nom commun), on découvre le personnage, aux contours un peu flous, de Julia. Seule femme identifiable dans le livre, elle possède un prénom, parle, échange, propose mais son caractère semble bien éloigné de sa condition.

Atwood soutient que le personnage de Julia nourrit les idées stéréotypées que les hommes ont au sujet des femmes. Offred, en revanche,  est un personnage féminin beaucoup plus crédible, riche et développé psychologiquement.

 

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