Journal d’une servante

L

la fiction dystopique de la Servante écarlate adaptée à la télévision présente le personnage d’Offred sous les traits marquants de sa condition de servante, diminuée, les yeux fixant le sol, se parlant à elle même en silence : un monologue intérieur traduit à l’écran par une voix Off à la première personne du singulier.

Ainsi, dans de nombreuses scènes, cet intime dialogue avec elle-même, emprunte au roman de Margaret Atwood des passages marquants, parfois au mot près ! Cependant, une chose que Defred de la série ne fait pas dans le roman : tenir un journal. En effet, si la série télévisée reprend le genre de la fiction dystopique du livre, ce dernier revêt une des formes littéraire les plus nourries par les tragédies de la seconde guerre mondiale : la littérature du témoignage.

Dans le roman « The Handmaid’s Tale » Offred se fait témoin de la tragédie, consigne les faits terribles et importants de son histoire qu’elle enregistre du mieux qu’elle peut, puis cache son manuscrit espérant qu’il soit, un jour, découvert et partagé.

A l’instar de Primo Levi (Si c’est un homme), Victor Klemperer (Je veux témoigner jusqu’au bout), Anne Frank écrivant son journal (cachée dans son annexe secrète), Offred écrit au péril de sa vie dans une société qui interdit à la femme d’écrire et de lire. Pour Atwood, écrire est :

Un acte d’espoir

Dans une interview Margaret Atwood cite Robinson Crusoe qui tient un journal, Samuel Pepys, dans lequel il a fait la chronique du Grand Incendie de Londres, Anne Frank et Roméo Dallaire, qui a fait la chronique à la fois du génocide rwandais et de l’indifférence du monde à son égard. Chaque récit est l’espoir de s’adresser à un futur lecteur. Pour Atwood, il y a deux publics de lecture

  1. Un public fictionnel que nous découvrons à la fin du livre, lors d’une conférence académique dans le futur, qui est libre de lire mais qui n’est pas toujours aussi empathique qu’on le voudrait;
  2. Un lecteur réel du roman à un instant donné entre 1985 et 2018.

Pour la romancière, c’est ce « vrai » lecteur pour qui chaque écrivain écrit. Et beaucoup de ces « Chers Lecteurs », dit-elle, deviendront des écrivains à leur tour.

C’est ainsi que nous avons tous commencé : en lisant. Nous avons entendu la voix d’un livre qui nous parle.

Sans doute, la création de la-servante-écarlate.fr s’inscrit modestement dans ce cadre.

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