Histoire du conte de la servante : Inspirations

L’histoire du conte de la servante (ou The Handmaid’s Tale) n’est pas plus une fiction spéculative qu’elle n’est un roman d’anticipation. En effet, contrairement à ceux qui y voient une « prédiction »,  l’écriture du roman fut, dès le départ (1984), accompagnée d’une contrainte que Margaret Atwwod s’est imposée  et que l’on retrouve dans la série « La servante écarlate » (saisons 1 et 2) :

La contrainte du réel

Dès le début de l’écriture du livre « The Handmaid’s Tale », Margaret Atwwod s’impose une contrainte inédite dans le genre du roman dystopique : ne pas inventer. L’idée de fond est de faire exclusivement référence à des technologies, questions, pratiques, événements, drames, catastrophes et lois existants ou ayant existé. A ce propos, la romancière précise :

Nous avons revisité des moments historiques significatifs à travers le monde pour découvrir que, comme toujours, la vérité est souvent bien plus étrange – et plus horrible – que la fiction.

Tous les aspects de la dictature de Gilead sont des adaptations du monde réel (présent ou passé). A ce propos, Margaret Atwood explique :

En écrivant le livre, je me suis assurée de ne rien y mettre de plus que les humains n’aient déjà commis quelque part dans le monde, à un moment donné.

Le livre décrit, à travers le regard de son personnage principal (une femme – Offred), une dictature théocratique installée aux États-Unis après la destruction du gouvernement en place. Un régime, sous l’oeil de Dieu, dans lequel, les femmes n’ont plus le droit de travailler, de lire, d’écrire et dont une des castes, »les servantes », est forcée et réduite à porter des enfants pour la classe dirigeante des « fils de Jacob » (les Commandants).

Tout bébé naissant en bonne santé sera élevé par le couple épouse/commandant. La servante, se verra « confier » à une autre « famille » comme objet de reproduction.

Les enfants volés

Si le concept parait abject, en 1984 ce sont des pratiques que l’on peut retrouver dans l’histoire (présente ou passée) de pays occidentaux dits « développés ».

Ile de la réunion

De 1963 à 1982 les enfants de la Réunion sont déportés en métropole pour repeupler les campagnes françaises. Ces enfants devaient être étiquetés « pupilles de l’état ». Ivan Jablonka, précise dans son livre « Enfants en exil » :

Certaines immatriculations ont été effectuées à la va-vite, dans des conditions de légalité sujettes à caution. Cela s’explique par la politique du chiffre menée par la DDASS de la Réunion, sous la pression de Michel Debré, et par le zèle des assistantes sociales qui ont parfois forcé la main à certains parents.

Australie

En Australie dans les années soixante-dix, les enfants aborigènes étaient enlevés puis « confiés » à des familles blanches avec l’aide des religieuses . Ce chapitre sombre de l’histoire du pays a donné lieu à l’expression « Stolen Generations » (Générations volées) que l’anthropologue Barbara Glowczewski désigne comme une « politique de blanchiment » de la population australienne. Le but étant l’extinction des populations autochtones par « absorption biologique ».

Canada

Au Canada, jusqu’à la fin des années 60, plus de 150 000 enfants appartenant aux Premières Nations, aux Inuit et aux Métis ont été arrachés à leurs familles et à leurs communautés. En 1883 le premier ministre John A. Macdonald affirmait :

Les enfants indiens devraient être retirés le plus possible de l’influence de leurs parents, et la seule manière d’y arriver est de les placer dans des écoles « résidentielles » où ils vont acquérir les habitudes et les pratiques des Blancs

États-Unis

Grande Bretagne

Le Royaume-Uni a ainsi crée le programme « Migrant Children », entre 1920 et 1970, plus de 150.000 enfants ont été « envoyés » dans des pays tels que le Canada ou l’Afrique du sud. « Récoltés » dans les orphelinats britanniques, ou volés à des familles défavorisées, pauvres ou monoparentales. Ces enfants étaient destinés à créer une « bonne souche blanche », à fournir une main d’oeuvre bon marché dans les fermes et grands domaines d’anciennes colonies telles que le Canada, l’Afrique du Sud et l’Australie.

Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, un programme similaire a été mené aux États-Unis concernant les enfants amérindiens.

Les femmes mutilées

Un des objectifs de la torture ou la mutilation, est dans un premier temps, de briser l’individu pour le « calibrer » à une image et dans un second temps, à une vérité.

La mutilation génitale d’une femme n’échappera pas à cette règle dans le roman « La Servante Écarlate ».

Ainsi, l’excision du clitoris que subit Oflglen (Emily, partenaire de ballade puis amie de June) nous rappelle que plus de 200 millions de femmes ont subi une mutilation sexuelle. L’excision serait, en effet, pratiquée dans 29 pays d’Afrique et du Moyen–Orient, dans certaines communautés d’Asie (Malaisie, Indonésie, Irak, Inde, Pakistan), en Amérique du Sud (Colombie, Pérou) ainsi que parmi les communautés de la diaspora dans les pays où elle n’est pas traditionnellement pratiquée (Europe, Etats-Unis, Canada et Australie).

Rappelons que selon l’Organisation Mondiale de la Santé : Les mutilations sexuelles féminines sont des interventions qui altèrent ou lèsent intentionnellement les organes génitaux externes de la femme pour des raisons non médicales.

Leave a Comment

Contact Us

We're not around right now. But you can send us an email and we'll get back to you, asap.

Not readable? Change text. captcha txt

Start typing and press Enter to search

Roman - the handmaid's tale - Résumédystopie