Différence entre roman et série

La nouvelle série télévisée The Handmaid’s Tale reste à bien des égards fidèle au roman dystopique de Margaret Atwood. Tant la série que le livre racontent l’histoire d’une société dont le taux de natalité en baisse oblige les femmes fertiles, surnommées «servantes», à porter des enfants pour les hommes puissants (les Commandants)  et leurs épouses stériles (supposées !).

Mais en 1984, à Berlin ouest, Atwood a écrit le livre sur une machine à écrire allemande, internet n’est pas d’actualité pour le grand public, les téléphones portables n’existent pas et le mur de la honte est toujours là ! En 2017, lors de la sortie du premier épisode, beaucoup de choses ont changé, tant sur le plan technologique que social.

C’est ainsi que l’adaptation du roman, par les scénaristes, a mis à jour certains passages afin de refléter les temps actuels. Par exemple :

  • Dans la série les noirs et les homosexuels ne sont pas systématiquement déportés dans les colonies.
  • Dans le roman Janine ne perd pas un oeil mais ses pieds sont mutilés en guise de punition.
  • Le personnage principal, June, descend dans la rue pour participer aux marches féminines.
  • Tout le monde possède un smartphone (en 1984, l’ordinateur personnel en est à ses balbutiements)
  • Tante Lydia fait référence à Tinder.
  • Il y a une référence à Uber.
  • Les servantes sont étiquetées à l’oreille comme du bétail (tatouage à la cheville dans le roman)
  • Janine révèle à Offred que le commandant Warren lui a promis de s’enfuir avec elle et son bébé, fait qui n’existe pas dans le livre

Pour certaines modifications spécifiques, les raisons, y compris la diversification de la distribution,  sont plus logistiques ou cinématiques  :  Serena Joy est plus jeune qu’elle ne l’est dans le livre, et, contrairement au roman (dont on n’apprendra jamais le nom du personnage principal), Offred révèle son vrai nom dès le premier épisode de la saison 1 de la servante écarlate.

A ce propos, Bruce Miller, à la fois scénariste et producteur (showrunner) a précisé dans une  interview qu’il hésitait à s’écarter du livre. Après avoir  longuement parlé avec Margaret Atwood des changements qu’il s’apprêtait à mettre en place, il s’explique :

Si nous avons changé quelque chose, nous l’avons fait après mûre réflexion et pour une raison précise. Nous avons discuté des répercussions de chaque changement avec Margaret.

Le personnage d’Offred

Lorsque les servantes emménagent dans une nouvelle maison, elles prennent le nom de leurs maîtres. Ainsi, la servante de Fred devient Offred, la servante du commandant Glen se nomme Ofglen, , celle de Warren, Ofwarren etc.

Dans le roman, Atwood ne révèle jamais le nom de naissance d’Offred .

A travers les passages du roman, quelques lecteurs astucieux de la servante écarlate en ont déduit que June  était le véritable nom d’Offred. En effet, lorsque le personnage principal du livre (future Offred) arrive pour la première fois au Centre Rouge, elle et les autres femmes échangent leur nom de lit en lit  « Alma. Janine. Dolores. Moira. June ».

Cependant, « June » est le seul nom  qui n’est  attaché, par la suite, à aucun autre personnage.

Dans la série, c’est à la fin du premier épisode, qu’Offred révèle que son nom « d’avant » est June. Probablement, les auteurs ont-ils choisi de révéler son nom à des fins pratiques. Il serait, en effet, difficile de filmer des flash-backs dans lesquels aucun personnage n’aurait utilisé le nom de June.

Par ailleurs, le personnage de June dans la série est plus rebelle que celui du roman , révélant ainsi son vrai nom au public dès la fin du pilote de la série « La servante écarlate ».

Offred est plus entêtée, combative.

Dans le livre, Offred est un personnage relativement docile et passif. Lorsque le gouvernement impose la loi interdisant aux femmes d’occuper un emploi, elle ne descend pas dans les rues pour protester. Quand Ofglen demande plus tard à Offred d’espionner son commandant, cette dernière choisit de ne pas le faire. Sa priorité ? survivre !

Dans la série, Offred est plus fougueuse. Miller aurait modifié le trait passif de son caractère afin de créer un grand écart entre les monologues intérieurs et ses comportements à l’extérieur : en interne, elle s’indigne, extérieurement, elle est obéissante.

Dans le livre, les règles de Gilead « permettent » (imposent !) aux servantes d’attaquer et de tuer des hommes accusés de crimes, tel le viol, lors d’une cérémonie de rédemption (Salvaging). Dans la série, c’est Offred qui porte le premier coup. Dans le roman elle recule, troublée par la scène, alors qu’Offlens lui donne un coup de pied dans la tête pour l’assommer.  Cette dernière révélera plus tard que cet homme massacré par les servantes était en réalité un espion de la résistance faussement accusé de viol par le gouvernement..

Dans la série télévisée, la trame de fond du personnage d’Offred est plus étendue que dans le roman de Margaret Atwood. De nombreuses scènes de flashBack donnent aux spectateurs un aperçu de la naissance de Gilead : la honte de June à son travail et celle de Moira dans le café laisse entrevoir la croissance du sexisme à travers le pays, et n’a pas de parallèle dans le livre.

D’autre part, une femme qui vole le bébé de June dans une maternité démontre les conséquences réelles de la crise de fertilité (le bébé de June étant brièvement enlevé dans une épicerie du livre).

Enfin, la marche pour les droits des femmes, et la fusillade qui s’ensuit, révèlent comment les dirigeants de Gilead ont pris le contrôle de façon plus brutale que ce que les lecteurs ont découvert à travers le témoignage d’ Offred dans le roman.

Gilead

Dans le livre, les dirigeants de Gilead séparent les gens selon leurs âges, leurs couleurs de peau, leurs potentiels de fertilité … Nous apprenons que ces derniers sont déportés vers des « territoires nationaux »  (en réalité, ils ont probablement été tués ou réduits en esclavage.)

Contrairement au roman dont les personnages sont blancs, la série offre une plus grande visibilité à la diversité. Ainsi, le mari de June (Luke) et Moira sa meilleure amie sont noirs. A ce propos Bruce Miller déclare :

De nos jours, le changement semblait nécessaire. Ce fut une très grande discussion avec Margaret sur la différence entre « Il n’y a pas de gens de couleur dans ce monde » et « voir un monde tout blanc à la télévision » :  l’ impact est très différent.

De même, la série offre plus de personnages représentant la communauté LGBTQ, entre autres, Moira et Ofglen (mariée à une autre femme avant l’instauration de la république de Gilead). Dans le roman June « s’adapte » à la nouvelle vie de Moira, alors que dans la série elle n’a aucune difficulté avec la sexualité de son amie.

Elisabeth Moss explique :

Nous voulions que le série soit visible pour tous et par tous. Nous voulions que les gens puissent s’identifier. Dans ces conditions, vous devez montrer tous types de personnes. Vous devez refléter la société actuelle.

Serena Joy

Les lecteurs ne savent jamais quel âge a Serena Joy dans le livre, néanmoins,  Atwood laisse entendre qu’elle aurait dépassé l’âge de procréer. A ce sujet, le scénariste précise qu’il était bien plus intéressant de rajeunir  l’épouse du commandant Waterford en vue d’offrir un développement plus riche à son personnage et introduire une dynamique plus complexe avec Offred.

Personnages de la série

Le livre est écrit entièrement du point de vue d’Offred, alors que le spectacle suit parfois l’histoire d’autres personnages pour donner au public une compréhension plus large du monde d’avant Gilead et après, sous la dictature . Lorsque la caméra s’éloigne d’Offred, les spectateurs assistent à des scènes bien plus terrifiantes que tout ce qu’Atwood a imaginé. Mais, comme dans son roman, la série ne représente jamais un fait qui n’a pas eu lieu quelque part à un moment donné dans l’histoire, y compris la mutilation génitale féminine (excision) comme punition pour la traîtrise de Ofglen : avoir couché avec une martha.

Le livre donne aux lecteurs un petit aperçu d’un monde terrifiant. Miller et Moss ont tous deux exprimé leur intérêt à explorer ce monde au-delà des limites de la chambre d’Offred dans les saisons à venir.

Le livre dépeint un fossé entre Offred et sa mère, une militante féministe ayant participé à des rassemblements pro-choix dans les années 1960. Cette dernière pense que la génération de sa fille n’apprécie pas à sa juste valeur les sacrifices faits pas l’ancienne génération.. Pour Bruce Miller, le débat datait un peu, il a donc gommé la mère de June dans la première saison de la série.

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