The Handmaid’s Tale en Argentine

Le roman de Margaret Atwood La Servante écarlate est un symbole fort pour les femmes argentines de 2017-2018 comme pour celles des années 70.

La Servante écarlate et les bébés volés

Nous savons que lors d’une interview, la romancière a évoqué l’un des scandales les plus marquant de la dictature argentine : les bébés volés.

Rappelons que Margaret Atwood écrit son Roman à Berlin en 1984. Quelques années auparavant, des femmes en Argentine défient la junte militaire au pouvoir et se battent pour retrouver leurs petits enfants nés et volés sous la dictature argentine. Ces femmes, des grands mères ont été surnommées les « folles de la Place de Mai ».

Nous savons également que la dictature argentine est l’une des sources du roman La servante écarlate. Margaret Atwwod s’est, en effet, inspirée des camps de détention argentins (clandestins) et de son cortège de persécutions, de tortures, des femmes tuées et de leurs bébés volés. Au sujet des accusations, la plupart du temps sans fondement, et de ses emprisonnements sans procès, elle explique dans article récent :

Cette structure – coupable parce que accusée – a été appliquée dans bien plus d’épisodes de l’histoire de l’humanité. Elle a tendance à se manifester pendant la phase « Terreur et Vertu » des révolutions – quelque chose a mal tourné, et il doit y avoir une purge, comme dans la Révolution française, les purges de Staline en URSS, la période des Gardes rouges en Chine, le règne des généraux en Argentine et les premiers jours de la révolution iranienne.

Pour les lecteurs du roman et les spectateurs de la série The Handmaid’s tale, l’histoire de ses femmes et de leurs bébés est monstrueusement similaire. Dans le livre et la série télévisée produite par Hulu, les bébés sont arrachées à leurs mères (les servantes) aussitôt après le sevrage de l’enfant (Janine) ou pire encore, dès la naissance de l’enfant (DeFred-June). En argentine ces bébés seront donnés et élevés par des généraux militaires (les élites) ou des familles proches du pouvoir en place.

Le jour où l’humanité s’est arrêtée en Argentine

La servante écarlate est un monde dystopique basé sur une interprétation fondamentaliste de l’Ancien Testament dans lequel, les femmes encore fertiles, appelées « Servantes », sont utilisées comme esclaves à la reproduction dans la république de Gilead. De même qu’en Argentine ces femmes porteront des enfants à la place des épouses stériles (ou supposées) des Commandants, élite de la Dictature Giléadienne.

Cette fiction de Margaret Atwood s’inspire de la sombre histoire de l’Argentine sous la dictature militaire de 1976 à 1983.

Contexte différent mais réalité semblable

Il est étonnant que les faits qui précèdent une dictature soient systématiquement utilisés comme une nouvelle forme d’oppression au nom d’un Dieu (ou d’un maître). Ces événements permettraient à une société d’entrer dans un monde meilleur, du moins c’est ce que les terroristes voudraient nous faire croire.

Rappelons au passage que dans une sphère différente, le message de La Cosa Nostra, à l’origine, était l’expression d’une résistance à la tyrannie politique !

A l’image de Gilead, république s’identifiant au remède (Voir Baume de Gilead), pendant plus de 10 ans l’Argentine a condamné sans procès, réduit  les femmes au silence, exploitée le corps féminin, le faisant disparaître en s’appropriant, au passage, nouveaux nés et jeunes enfants.

Dans l’esprit d’une « Réorganisation nationale », la dictature argentine des années 70, influencée par un catholicisme intégriste, reprend les thèmes d’une théocratie classique avec entre autres :

  • Le rétablissement d’un ordre moral chrétien
  • Un Antisémitisme marqué
  • La défense d’une civilisation occidentale chrétienne

Alors que nous sommes nombreuses à percevoir le Conte de la Servante comme un roman visionnaire, l’histoire de Margaret Atwood s’inspire, en fait, d’événements réels. En effet, durant la dictature militaire plus de 30 000 dissidents politiques ont « disparus ». Enlevés, kidnappés dans la rue ou dans leur maison, la majorité de ces insoumis a été dans un premier temps persécutée, puis torturée et tuée dans les prisons secrètes de la Junte au pouvoir. Plus de 30% étaient des femmes !

Outre l’emprisonnement, la brutalité, le viol et la torture, les groupes de défense des droits de l’homme estiment qu’environ 500 nouveau-nés et jeunes enfants ont été volés à leurs mères emprisonnés et « offerts » à des familles proche de la junte militaire, des policiers ou des militaires sans enfant : les fans de la série télévisée de la Servante écarlate trouveront ceci, à n’en pas douter, terrifiant et terriblement familier !

Selon les statistiques, 3% des femmes enlevées l’ont été, soit avec leurs enfants, soit enceintes lors de leur kidnapping. D’autres, encore, sont tombées enceintes durant leur emprisonnement à la suite d’un viol perpétré par les gardiens de la prison où par leurs tortionnaires. Après l’accouchement la majorité des ces femmes argentines ont été « transférées » ce qui, sous le troisième Reich ou sous la dictature militaire argentine équivaut à « Exécution« .

Un terrorisme d’état

Nous savons que la fiction dystopique de Margaret Atwood s’appuie sur la théocratie installée en Iran, fruit de la révolution iranienne de 1979, sur la politique de « blanchiment » de la société australienne (de 1869 à 1969), sur les réactions violentes contre les mouvements féministes des années 1980 nourries par les idées conservatrices de l’administration Reagan etc .  Ce n’est que récemment qu’elle confirmait sur les réseaux sociaux que son roman était ,en partie, inspiré les événements dramatiques qui se sont déroulés en Argentine à partir du coup d’état du 24 mars 1976 et durant la dictature. Elle déclare ainsi :

La division entre les droits des femmes et droits de l’homme est une fausse dichotomie. L’une de mes sources pour The Handmaid’s Tale était liée à l’Argentine sous la domination des généraux. Tant de femmes ont été assassinées et leurs enfants volés !

Dans son roman, adapté à la télévision, Atwood a créé le pire. Non seulement Gilead est une dictature, mais elle s’accompagne également d’un régime militaire auquel vient s’ajouter les lois de Dieu ! A l’image de ce qui a été mis en place par la Junte militaire en Argentine, le régime de Gilead est une fin en soi. Sans opposants ni contradicteurs le gouvernement peut, en toute impunité, décidé de purifier la société de l’ensemble de ses dissidents (politiques, universitaires, religieux …) , suspendre la majorité des libertés individuelles, celles des droits civiques et  sociaux, imposer de nouvelles lois « morales » et s’emparer du corps de la femme afin que ce dernier servent l’élite de la nation.

Le coup d’état des militaires argentins soutenu par l’église catholique est un fait avéré. Le plus troublant, lorsqu’on lit le roman La Servante écarlate, est le rapprochement entre la rhétorique des Fils de Jacob dans  la République de Gilead et celle du « national-catholique » des militaires sous la dictature de 1976 à 1983.

En effet, dès les premiers épisodes de la série, les Fils de Jacob ne représentent ni une communauté de fidèles ni une organisation religieuse spirituelle mais plutôt une sorte de théologie religieuse au service d’une idéologie politique qui entend bien remédier à l’ensemble des dysfonctionnements en se présentant comme les libérateurs d’un monde corrompus.

Evidemment, qui dit dictature dit politique démographique et familiale. Il s’agit là d’une conception de la société étroitement liée à la maîtrise de la reproduction d’une population, la sexualité dans son ensemble et pour finir le corps de la femme comme unique fonction reproductrice.

Lors d’un voyage en Argentine Margaret Atwwod affirmait :

Les femmes qui ne peuvent pas décider si elles veulent des enfants ou non sont des esclaves, car l’État revendique la propriété de leur corps et le droit de décider de l’usage qui doit en être fait. Un enfant est un cadeau, donné par la vie elle-même. Mais un cadeau doit être librement donné et reçu. Il peut aussi être rejeté. Un cadeau qui ne peut être rejeté n’est pas un cadeau mais un symbole de tyrannie.

Aujourd’hui encore, ces atrocités, propagandes, déformations, mensonges ont encore de douloureux retentissements dans la société argentine. Depuis 40 ans des grands-mères se battent pour retrouver leurs petits-enfants nés sous la dictature dans des camps de détention et de torture.

Dans un article récent Elisabeth Moss qui joue le rôle de June, personnage principale de la série déclare :

Si nous représentons (à travers la série) un symbole de résistance, c’est fantastique. Ceci est plus grand que n’importe quelle série

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